La cage et la solitude
Bonjour à tous 🙂
J’entends souvent parler de la cage comme d’un outil magique contre les problèmes de solitude. Que cet outil, tel une baguette magique, permettrait de « réduire l’anxiété », « d’apaiser le chien » et du coup d’arrêter les destructions !
Mais malheureusement la cage est loin d’être une solution miraculeuse et cela pour plusieurs raisons. Elle empêche de détruire certes, mais ne résout pas le fond du problème : l’anxiété ressentie au moment du départ est réelle pour ces chiens qui ne savent pas rester seuls. Et c’est bien sur l’anxiété qu’il faut agir plutôt que sur les comportements indésirables qui y sont associés (les destructions notamment).
Si le chien anxieux ne peut pas exprimer son anxiété par de la destruction il peut générer d’autres comportements alternatifs : aboiements, plaie de léchage, stress chronique caractérisé par des problèmes de santé… La cage cache le symptôme dérangeant mais ne soigne pas la cause : il continuera à stresser en votre absence.
De plus, il y a d’autres raisons qui peuvent pousser un chien à détruire, aboyer ou faire ses besoins en notre absence. Et ces comportements ne sont pas tous obligatoirement reliés à des problèmes d’anxiété de séparation ! Il faut donc, avant toute chose, déterminer la cause du comportement indésirable en notre absence : manque d’assouvissement des besoins fondamentaux ? Anxiété de séparation ? « Hyper-attachement » (attention à ce mot que nous avons tendance à employer à tout va alors que les réels cas d’hyper-attachement sont très
rares !) ? Mauvais apprentissage de la solitude ?
En cas de réelle anxiété de séparation, il faut passer par un protocole de désensibilisation et donc un réapprentissage de la solitude…
À la phrase « la cage apaise les chiens anxieux », j’ai envie de répondre : oui si et seulement si le chien s’y sent bien et qu’il a le choix de s’y réfugier comme de s’en extraire. Pour pouvoir avoir cet effet apaisant, le chien doit avoir été habitué PROGRESSIVEMENT à sa cage et l’avoir associée à quelque chose d’agréable /de positif. Il ne faut en aucun cas l’avoir forcé à y entrer.
La cage, bien introduite et bien utilisée, peut permettre au chien d’avoir accès à un espace refuge au cas où il se sentirait en danger. Mais en aucun cas, le forcer à y rester des heures durant, ne l’aide dans son anxiété. Au « mieux » (ou plutôt au pire) il passe en résignation acquise car il comprend qu’il n’a aucun moyen d’agir sur son environnement et que, quoi qu’il fasse, il ne peut en sortir (mais je souligne tout de même que l’état de résignation acquise est un état proche de la dépression qui est donc un état psychologique désastreux relevant d’un mal être certain)… Donc une cage ouverte pour un endroit sécurisé libre d’accès : oui. Un enfermement quotidien de plusieurs heures : non.
Attention, ces conseils d’utilisation de la cage sont très souvent lus sur internet et/ou entendus même auprès de certains professionnels du monde canin. J’ai conscience que les pressions de voisinage peuvent être importantes et pesantes et peuvent nous pousser à devoir agir vite. Et appliquer ces conseils qu’on retrouve très facilement sur internet semble être une bonne solution, facile à mettre en place. Il apparaît très clairement que les personnes utilisant la cage le font souvent car elles aiment leurs animaux et ne veulent pas s’en séparer malgré les problèmes de voisinage. Malheureusement, ce n’est pas une solution viable sur le long terme. J’aimerais donc essayer par ce qui suit d’éveiller les consciences et aller plus loin dans mon raisonnement en disant que c’est en profond désaccord avec les besoins fondamentaux de nos chiens.
On pourrait se poser des questions éthiques plus larges :
– Enfermer un chien plusieurs heures dans un espace dans lequel il n’a pas l’espace nécessaire pour se dégourdir les pattes s’il en ressentait le besoin est-il en accord avec des critères de bientraitance ? Nous sommes en droit de nous poser des questions quand, nous même, avec le confinement, nous avons mal vécu de rester enfermés dans nos domiciles. Pour autant, nous avions la liberté de changer de pièce, d’élément de confort (canapé, lit, chaise,…) et de position autant que nous le souhaitions…
– Ne peut-on pas considérer qu’enfermer son chien sans qu’il n’ait le choix de sortir de sa cage entre plutôt dans le bien-être et le confort de l’humain, au détriment du bien-être et du confort du chien ?
– N’est-il pas plus facile de croire et de se conforter dans l’idée que la cage est un outil intéressant plutôt que de considérer qu’elle peut également être un outil de maltraitance ?
– N’est-ce pas plutôt libérateur de conscience pour l’humain que de dire que ça « apaise l’anxiété » ou « c’est pour son bien » ?
Nous ne sommes et ne seront jamais dans la tête de nos canidés pour autant je pense que nous nous devons, en tant que propriétaire et/ou professionnel, de faire preuve d’empathie même si, exceptionnellement, cela nous demande de faire preuve d’anthropomorphisme (sujet qui peut également être enclin à de longs débats et questionnements).
Personnellement j’ai fait mon choix : la cage de mon chien n’a plus de porte. Il est libre d’y entrer comme d’en sortir. A sa convenance.
La cage est avant tout un élément de sécurité, son utilité première est de protéger nos chiens lors de transports. Elle ne s’est jamais nommée « Cage de solitude » 😉
Si vous rencontrez des problèmes de comportements en lien avec votre absence, n’hésitez pas à me contacter pour que nous dressions ensemble le profil de votre chien afin d’agir sur le fond du problème plutôt que sur les comportements de surface.
Audrey